Ça fait un an. Ça fait déjà un an ? ça y est les larmes montent aux yeux. Je les connais ces larmes, ce sont celles de la blessure qui se rouvre, la plaie qui ne cicatrisera jamais complètement. Les larmes de la résignation, de l'impuissance face à l'irrémédiable, du regret de la vie passée. Devoir accepter qu'elle ne reviendra jamais. Un an. La même période, la même saison, les mêmes jours ternes, le froid, le ciel gris. Je revis ça de façon tellement réelle. Ça fait un an et pourtant le souvenir est tellement clair. C'était hier. C'était hier et pourtant il s'est passé tant de choses depuis. Des choses heureuses même. Mais c'est comme si tout ce que j'ai vécu de bien depuis avait eu lieu avant. Les mots ne m'aident pas à exprimer ce que je veux dire. En fait c'est que ce souvenir est tellement associé à l'écroulement de ma vie que je ne comprends pas que certains évènements m'ayant laissé un sentiment de bonheur puissent être postérieurs à ça. A ce qui a changé ma vie. Et pourtant j'en ai vécu des moments heureux cette année. Mais c'est comme si ils avaient eu lieu dans une vie parallèle, et que la moi différente qui s'est créée ce putain de 6 février 2008 restait à côté, tapie, pour ressurgir dans certains moments de détresse, de pris de conscience de la situation. Comme aujourd'hui par exemple.
Tout revient, même si j'ai jamais oublié. Le pire mercredi de toute ma vie. Après le pire mardi. Ce jour où tout a basculé. Heureuse, heureuse au hand, heureuse au lycée. J'avais eu une bonne journée ce mardi-là. Je suis rentrée de bonne humeur, et plutôt tôt. Maman était déjà là. C'était pas habituel. Mais à ça, non, je ne m'attendais pas. En quelques secondes, tout s'est fini, la vie s'est arrêtée. La douleur la plus grande et la plus insupportable que j'aie jamais ressentie. Impossible d'y croire, ça fait beaucoup trop mal. « Je réalise pas encore », c'est ce qu'on dit au début. Mais on digère, on croit accepter. Mais en fait j'ai compris qu'on ne « réalise » jamais. C'est impossible, l'être humain n'est pas assez fort pour supporter une chose pareille. Il se crée ses défenses. Et tout s'est enchaîné, sans le vivre vraiment. On se crée sa bulle, incapable d'affronter la pire chose au monde qui peut arriver : perdre quelqu'un qu'on aime. Pour toujours. Irrémédiablement. C'est intolérable. Aucun anti-douleur ne peut apaiser cette souffrance là. Sauf peut-être le temps. Et encore. Le temps qui avance m'a juste permis de vivre d'autres choses. Mais la douleur est toujours là. Je le revis, je souffre, j'ai tellement mal, je replonge. Un an que je n'avais pas ressenti ça. C'est insupportable. Le vide. L'énorme vide qui transperce le c½ur et l'empêche de se recoller. J'y crois pas. Je peux pas croire que ça nous soit arrivé. Un an qu'on vit autrement, qu'on tente de se reconstruire. J'ai tellement l'impression qu'on fait ce qu'on peut, pour tenir de manière provisoire, jusqu'à ce que ça redevienne comme avant, cette folie absurde et consciemment irréalisable, qui reste pourtant dans un coin de la tête. Mais ce sera plus jamais comme avant. Il faut dire adieu à cette vie. Adieu à ce bonheur. Mais non, ça fait trop mal, je veux pas. Cette phrase est trop vraie : c'était tellement mieux avant. Je savais qu'on était heureux, qu'on avait de la chance. Mais c'est en perdant ce bonheur qu'on se rend compte du trésor que l'on possédait. Je veux retrouver l'avant. Et j'arrive pas à accepter que ça arrivera jamais plus. J'attends de voir ce que sera notre nouvelle vie, ce qu'on fera qui nous aidera à remener une vie heureuse. Pour l'instant j'ai qu'un avant-goût. ça fait un an que je suis pas retournée à Paris. Donc forcément, comme souvenir là-bas, je n'ai que la vie d'avant. Ça fait pourtant un an que ça a changé et un an que ma vie a changé, que j'ai changé. J'ai vu la vie autrement, comme si un voile s'était enlevé.
Je suis convaincue que pour toute personne, il y a deux vies : celle d'avant la perte d'un être cher, et celle d'après. C'est totalement différent. On n'est plus innocent et heureux. On prend conscience de la fatalité de la mort. C'est atroce. Je souhaite à personne de ressentir ce que j'ai ressenti. Et ce que je ressens toujours. Tout le monde oublie, moi j'y pense. Toujours. J'en parle plus, ou j'en parle presque de façon désinvolte, comme une chose acceptée, mais à l'intérieur, ça tombe en morceaux.
Je suis nostalgique de la vie d'avant, je recherche cette insouciance à jamais perdue, ce bonheur volé par des évènements tellement injustes. On n'accepte jamais. On ne comprend jamais. On finit par vivre avec. C'est une souffrance qui m'accompagnera toujours, sans jamais cesser de lacérer mon c½ur.
et ce qui est génial c'est que tout le monde s'en fout